Entre l’absurde et le réel, il n’y a qu’un pas…

«Rien n’est réel sauf le hasard» – Paul Auster.

Marie Dubois vit à Cocody à Abidjan, et Damien Soumé vit aussi à Cocody. Ils vivent tous les deux dans la même ville et de surcroît dans le même quartier. Pourtant, bien qu’on dise communément qu’Abidjan soit une petite ville, ces deux protagonistes ne se sont jamais croisés. Le hasard n’a pas permis que leurs chemins se croisent de manière physique, mais en revanche, le hasard a facilité leur rencontre virtuelle.

Marie et Damien ont tous les deux 25 ans, et sont à la recherche de leur Autre partie. C’est donc dans cette quête et à travers un site de rencontre qu’ils ont fait connaissance. Finalement, le hasard a permis que ce jour-là ces deux abidjanais se rencontrent. D’ailleurs, un hasard fortuit certes, mais dès leur première conversation, ce fut le déclic. Ils avaient des atomes crochus. Dans l’immensité du cosmos, ils formaient auparavant un. Dès les premiers instants de leur conversation, ils ont su, chacun derrière l’écran de son ordinateur que c’était l’Autre partie. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Ce sentiment était plus fort que la fracture numérique qui les séparait, ce sentiment transcendait la nature virtuelle de leur relation. On peut toujours se demander si l’on peut réellement être amoureux d’une personne qu’on n’a jamais vue, et dont la seule connaissance se limite à ce qu’elle veut bien nous dire. Mais quoi qu’il en soit, et quoi qu’on pense, ils s’aimaient sincèrement et inconditionnellement. Cette idylle virtuelle durait depuis deux ans déjà. Ils s’aimaient, il n’y avait rien d’autre à ajouter. Nul besoin de toucher charnel, nul besoin de se voir, ils savaient déjà qu’ils étaient un autrefois, et qu’à présent ils étaient réunis. Il n’y avait que cela qui importait. Les messages qu’ils s’échangeaient depuis ces deux ans étaient si beaux dans leur simplicité, chacun se dévoilait entièrement par sa prose, et les mots en disaient plus que ce que les yeux pouvaient voir. En chaque message, chacun lisait en  l’autre comme en un livre ouvert. Elle savait tout de lui, il savait tout d’elle, excepté leurs apparences physiques…

Un beau jour, ces deux amants, Marie et Damien se résolurent enfin à se rencontrer physiquement. Ils se sentaient maintenant prêts à transcender les frontières du virtuel pour se voir réellement. Après tout, ils vivaient dans la même ville, pourquoi ne pas franchir ce cap? Ils étaient en parfaite communion et rien de ce qu’ils pourraient voir de l’autre ne pourrait changer ce qu’ils ressentaient.

Marie avait toujours été gênée par son physique, son corps d’Awoulaba[1] lui avait souvent valu des moqueries, mais elle savait que Damien en ferait peu de cas. Damien aussi, avait souffert de son surpoids, que de préjugés il avait entendu à son sujet. Mais, il savait que Marie l’aimerait toujours autant, son enveloppe corporelle n’était qu’un détail.

Le rendez-vous avait lieu à 19 heures à la Nuit de Saigon. Aucun d’eux ne commit l’heure africaine. À 19 heures, chacun le cœur palpitant au point de sortir de leur poitrine, ouvrait la porte du restaurant. Ils étaient en parfaite synchronisation. Ces deux âmes sœurs sont arrivées au même moment, et chacun a été conduit à la table convenue. C’était le moment fatidique, le moment de vérité.  Ils ont franchi la porte au même moment, ils étaient assis à la même table comme convenue…mais…ils ne se sont jamais vus, ils ne se sont jamais croisés!

Rien n’est réel sauf le hasard disait Paul Auster, mais dans le cas de Marie et Damien, rien n’est réel sauf l’Amour. Ces deux amants ont été victimes d’un leurre du hasard. Le hasard a voulu qu’ils se rencontrent virtuellement et qu’ils s’aiment malgré tout. Hélas, ils appartiennent à des espaces temps différents : lui est du futur et elle du présent. Ils étaient là, ce même vendredi soir à 19 heures à la nuit de Saigon, en toute synchronisation ils entrèrent dans ce restaurant, mais ils ne se sont jamais croisés.

 

[1] Awoulaba est un terme baoulé pour désigner, en Côte d’Ivoire, une reine de beauté. Dans la culture populaire ivoirienne, les awoulabas sont de belles femmes avec des mensurations impressionnantes

Signé J-M!

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