Pénitencier

«Le Pardon est une porte de votre cœur, que vous devez ouvrir depuis l’intérieur. La paix de l’esprit et le bonheur pourront alors y entrer.» – Josette Gauthier

Le dimanche dernier à la messe, j’ai reçu une belle leçon de sagesse. Vous savez, le genre d’enseignement qui telle une illumination vient vous apporter un nouveau regard sur les choses et vous insuffle une forme de claque en plein visage par rapport à ce que vous avez l’habitude de penser! C’est d’ailleurs pour cela que j’aimerais vous la partager à travers cet article, d’autant plus qu’elle a éveillé d’une certaine façon une réalité qui est mienne qu’il semble être temps de partager avec vous.

Cette leçon porte le nom fort sophistiqué de Justice Réparatrice. Ce mot qui peut sembler aux premiers abords complexe, n’est en fait qu’une autre expression pour désigner le Pardon.

Il nous ai tous arrivé de nous retrouver dans une posture de victime. Que ce soit par la parole ou par l’action, il nous ai tous arrivé de vivre des blessures causées par autrui que l’on rebaptise à ce moment “bourreau”. Dans ces moments où notre être entier se voit meurtri, nous pensons instinctivement à la Justice. Quoi de plus normal après tout? Il faut bien que notre bourreau puisse connaitre à son tour la saveur de la douleur et de la souffrance. Sa punition pour les blessures béantes causées serait qu’il souffre au moins autant que nous afin que notre peine puisse se dissiper…
Vous l’aurez compris, je suis ironique! Cette vision à la fois systématique et à la longue normale que nous nous forgeons de la justice demeure un frein à notre processus de guérison et de pardon. C’est donc là qu’entre en scène la fameuse justice réparatrice!
Je ne dis pas qu’il ne faut réclamer justice lorsque nous avons subi des blessures. Néanmoins, nous avons souvent tendance à croire à tort que notre guérison de cette prison morale ou physique, de ces chaînes du mal qui nous ont été insufflées, passe par la souffrance réciproque dudit bourreau. Et pourtant il n’en est rien.

Il ne s’agit pas de savoir qui peut infliger le plus grand et douloureux coup de grâce à l’autre. D’ailleurs, sommes-nous vraiment différents de celui qui nous a offensé si notre vision de la justice semble avoir pour essence cachée l’expression «œil pour œil, dent pour dent»? Là est la question!

Le chemin vers la guérison et le pardon ne passe pas par la satisfaction de voir autrui souffrir. Voir qu’autrui souffre au moins autant que nous n’apporte qu’une satisfaction éphémère car malgré tout, le goût de l’amertume et la sensation de déchirement intérieur persistent. Les chaînes de la souffrance s’enracinent et deviennent une seconde nature, au point que notre être ne devienne qu’une incarnation vivante de la colère. Il est donc impératif de pouvoir se libérer véritablement de cette rancœur et de ce tourment en pardonnant véritablement. Mais comment pardonner? Par où commencer? C’est tellement difficile!

Que de questions, aussi légitimes les unes que les autres, que l’on se pose. Eh bien, oui c’est humainement difficile de pardonner, oui le pardon est divin, néanmoins, il s’agit d’une grâce divine qu’il nous incombe de demander à Dieu à chaque fois que nous sommes offensés et que notre être s’en retrouve meurtri. Le pardon est une grâce divine à demander à Dieu, et de notre côté, certains efforts doivent aussi être faits. En l’occurrence, nous devons entamer le fameux processus de justice réparatrice par le dialogue. Il faut en parler, il faut extérioriser ce mal et cette douleur qui nous consument. Quand bien même, cela est difficile, il faut suspendre son jugement et écouter l’autre. Pourquoi a-t-il agit ainsi? Même si la réponse peut faire mal, de pouvoir arriver au dialogue, de pratiquer une écoute active sans condamner d’emblée l’autre est un premier pas. Je sais que tout cela semble être un beau concept à l’écrit qui est destiné à y rester confiné, mais qui en pratique paraît irréaliste. Et pourtant, cela est possible!

Ces six dernières années ont été très éprouvantes pour moi d’un point de vue émotionnel. Je vis une situation difficile depuis ce temps, dans laquelle j’ai été profondément blessée. Des blessures silencieuses et invisibles qui pourtant faisaient affreusement mal. Pendant les quatre premières années, jusqu’à ce que je trouve la force d’en parler et d’extérioriser cette colère et cette souffrance qui me consumaient à petit feu, je m’endormais en larmes dans le silence de la nuit. J’étais dans ce fameux mode de pensée où je me disais que justice serait faite un jour, et que bien sur le coupable de cette situation finira bien par souffrir autant que moi…Voyez l’erreur! Et pourtant, pendant ces années, je m’accrochais à cette idée. En y pensant, c’était la pire des choses à faire car plus le temps passait, plus j’en avais gros sur le cœur. Tristesse, mélancolie et amertume étaient devenus ma seconde nature, derrière ce sourire digne d’une égérie de Colgate que j’arborais. Je criais à Dieu de revoir cette situation, mais j’oubliais de lui demander l’essentiel: de m’aider à accepter la situation, et à la transcender en m’aidant à pardonner. J’oubliais aussi que le plus important dans de telles situations ce n’est pas de chercher ni d’acculer le coupable, mais d’en tirer des leçons. C’est donc le jour où ma bouche a pu s’affranchir des mots de mes maux que je l’ai compris! Ce moment a été un temps fort et un point tournant dans cette situation. Dès le moment où j’ai pu en parler à cœur et à oreilles ouverts, j’ai pu franchir un pas notable dans mon processus de guérison et de pardon. Graduellement, lentement mais surement, j’ai pu voir la différence. En offrant mon fardeau à Dieu, en cessant de m’apitoyer sur mon sort et en cessant de condamner, j’ai commencé à me sentir plus libre. Je me sentais et je me sens encore libérée d’une chaîne qui me tenait captive depuis trop longtemps. J’ai commencé à me sentir sincèrement plus heureuse et à constater que mes plaies qui étaient encore béantes cicatrisaient.

Jusqu’aujourd’hui, je suis encore dans ce processus de guérison et de pardon mais ce chemin est salvateur. Il a fallu que j’entende cette homélie pour que je me rende compte d’à quel point j’ai été à côté de la plaque durant les quatre années précédant ce moment où ma langue s’est enfin déliée. Ce n’est pas un chemin tout le temps facile car il est loin d’être droit et comporte des hauts et des bas. Cela dit, quand bien même cela prenne du temps pour qu’on se détache véritablement de ce fardeau, il en vaut la peine car seulement ainsi vous pourrez embrasser le bonheur et non plus seulement son ombre. Pardonner ne signifie pas oublier car les cicatrices nous rappelleront toujours ce chemin que nous avons parcouru. Mais Pardonner c’est pouvoir penser à ceux et celles qui nous ont offensé sans souffrir, et à leur souhaiter sincèrement le meilleur sur le plus beau des chemins qu’est là vie.

Finalement, j’aimerais vous dire chers lecteurs et lectrices, à travers cette petite leçon de justice réparatrice que le Pardon est l’une des plus grandes formes d’Amour. Il permet de rompre pour de bon les chaînes qui nous attachent encore à un passé douloureux en pansant ses plaies, il libère le présent en apportant un nouveau souffle de paix, et élargit les horizons d’avenir.

«Pardonner, c’est dire à l’autre «tu vaux mieux que tes actes» » – Paul Ricoeur

Signé J-M!

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