À Fleur de Saveurs…

«Les choses attendues arrivent souvent par surprise» – Pierre Lemaître

Nathan Bélair, alias Nath, est un jeune homme qui n’a rien de surprenant en apparence. Du haut de ses vingt-cinq ans et de sa musculature remarquablement sculptée, c’est un enfant des petites Antilles, un jeune comptable solitaire, et mannequin à ses heures perdus au bonheur de sa grande-sœur styliste. Pourtant, derrière ce portrait ordinaire, se dissimule un secret pour l’extraordinaire. Ce secret qui ne se dévoile que lorsqu’on rompt le mur du silence avec lui est la Passion des Fleurs. Des roses aux coquelicots en passant par les sabots de Vénus, chacune de ces merveilles de la nature n’a plus aucun de secret pour lui. Ce dévolu floral lui confère d’ailleurs un charme irrésistible auprès de ces demoiselles. Paradoxal ou du moins ironie du sort car cette passion s’est renforcée du fait d’un chagrin d’amour. Une peine qui le tourmente depuis maintenant douze longs mois et qui n’a trouvé pour exutoire que ce symbole de la beauté féminine, pour remplacer la beauté de copine qui l’avait quitté. Sur cette note mélancolique, il s’était ainsi mis à collectionner des fleurs exotiques. Son exutoire revêtait donc dorénavant de nouvelles saveurs…
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Un bon samedi matin, alors qu’il comptait se prélasser et faire la grâce matinée, la sonnerie de la maison écourta bien vite ses désirs. Il alla donc voir d’un pas teinté de mécontentement l’élément perturbateur qui se tenait devant sa porte. Il ne trouva rien de plus qu’un colis joliment emballé. Impatient de voir ce qui se cachait sous ces beaux ornements, il décapita d’une traite ce petit paquet. Cet empressement valut d’ailleurs la peine car son visage s’illumina comme jamais il ne l’a été depuis ces derniers mois. Il était subjugué. Ce paquet contenant de petites merveilles de la nature. C’était une collection de fleurs Hawaïennes. Elles étaient magnifiques, et ce mot n’est qu’un euphémisme. Ceci dit, les questions fusaient dans son esprit au même rythme que son exaltation croissait. Il était si heureux que ce coup du destin lui insuffla la fougue d’écrire une charmante lettre à l’expéditrice de ce colis, l’inconnue «Malia Kalakawa». Il ne la connaissait pas, ne connaissait pas son adresse non plus, mais avait la ferme certitude que si le hasard l’avait menée à lui, il ferait en sorte que Malia reçoive d’une manière ou d’une autre cette lettre.

C’est donc ainsi, à travers les saveurs exotiques hawaïennes et un brin de surréalisme, que débuta une belle correspondance entre Malia et Nathan. Ces fleurs qui à la base étaient destinées à Malia plutôt qu’à Nathan, ont été à la genèse d’une relation aussi enivrante que déroutante pour ce siècle où internet est roi. Le plus époustouflant d’ailleurs est que malgré leurs adresses inconnues, ses amoureux des fleurs arrivaient toujours à correspondre, comme si ce langage des fleurs qu’ils avaient en commun était suffisant pour que le hasard agisse en leur faveur.
Mais à mesure du temps, les limites de ce langage se faisaient sentir. Cette ruse du destin rendait les correspondances de plus en plus longues, jusqu’à ce que leur plus grande crainte se réalise. Les correspondances cessèrent. Les mois défilaient, mais des deux côtés aucune lettre ne parvenait. Ils étaient tristes, un vide s’installait dans leur routine mais ils n’y pouvaient rien. Ils étaient à la merci des lois probabilistes et du bon vouloir du facteur, complice du hasard. Néanmoins, chacun d’eux gardait une lueur d’espoir et attendait le moment où la chance soufflerait de nouveau en leur faveur…
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Un bon samedi matin comme les autres, autant Malia que Nathan n’arrivaient à profiter de leur matinée. L’absence de correspondances manquait tellement à leur quotidien qu’ils décidèrent tous les deux, en toute symbiose, de mettre fin à leur grâce matinée et de forcer le destin en allant sur le lieu du crime: la boîte aux lettres. Cet empressement ne se fit pas sans heurte car chacun d’eux bouscula son voisin de boîte aux lettres. Ces deux éperdus de fleurs se bousculèrent devant la boîte aux lettres au nom de la même quête. Ils s’entrechoquèrent mais le regard désemparé qu’ils s’échangèrent fut plus éloquent qu’une présentation verbale. Ces regards aussi troublés qu’illuminés traduisaient avec la plus belle des lueurs la joie de ces retrouvailles. Ils étaient voisins depuis trois ans déjà, mais il fallut cette erreur du facteur pour passer d’un coup du hasard au coup de foudre.

“Dans la vie, il y a des gens qu’on rencontre par hasard mais qui font tout notre bonheur!”

Signé J-M!

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