Le Quai

C’était un de ces lundis matins comme les autres. Vous savez, le genre de matinée où  le réveil est une lutte que l’on perd d’avance mais dans laquelle on s’obstine. Le genre de matinée où dès le premier retentissement de notre alarme, l’irritation s’invite insidieusement dans notre humeur. Bref, c’était un invariable lundi matin! Néanmoins, cette matinée qui avait commencé comme bien des précédentes, s’annonçait avec une teinte différente. Elle s’annonçait avec la couleur de l’irritation, mais abritait l’ombre d’une fébrilité aussi bien palpable qu’inexplicable.

Alors que j’avançais vers mon éternelle routine, dont le point tournant était ce fameux métro, je sentais en moi l’adrénaline monter comme si ce lundi-ci serait différent. Malgré ma démarche désinvolte, mon esprit vacillait et mon estomac était si noué que j’avais l’impression que la syncope me guettait sans plus tarder. Dans tout ce tumulte dont ma tête était le théâtre, mon esprit s’évada et cette minute d’inattention suffit à ce que je me fasse projeter avant même de fouler le sol du métro. Ce brutal coup de coude venu de la masse avait rendu effectivement ce lundi hors du commun. J’étais si confuse et si gênée que je me levai avec la plus grande des rapidités, pleurant intérieurement la douleur de mes côtes qui venaient de prendre chères. C’est alors que je me relevais que je le vis…

Il était là sur le même quai que moi, fort de son allure imposante. Ses sourcils froncés devant son journal lui donnait par moment un air sévère qui s’adoucit en contemplant sa chevelure à moitié grisonnante. Il était là devant moi, et mon regard ne pouvait se détacher son visage. Ce visage, quête de toujours, que j’eus connu sans réellement connaître. Ce visage qui hantait mes songes était finalement devant moi. Face à cette rencontre inopinée, ma douleur ainsi que ma gêne s’étaient évaporées. Cela n’avait plus d’importance, cet incident s’était déjà dissipé de ma mémoire car derrière ce journal et cette élégance aussi simple que délicate, se cachait cet homme. Malgré son journal et les signes du temps, je lisais sur ses traits comme en un livre ouvert, une histoire qui a été, qui est et qui sera. Je lisais l’histoire de sa vie, l’histoire de ma vie et l’histoire de ma mère.

Je ne pouvais me lasser de le dévorer du regard. Le temps m’avait déjà tant privé de la douceur de ce visage et de ces bras forts dans lesquels j’aurais pu me blottir. J’aurais aimé le serrer dans mes bras, lui dire que je l’aime, que je serais là jusqu’à son dernier souffle et que je lui pardonne. J’aurais aimé lui dire qui je suis et parler avec lui de cette histoire que nous sommes les seuls à partager sur le quai de ce métro. Mais le prochain métro arrivait dans une minute…le temps voulait de nouveau être mon ennemi.

J’étais hystérique, la frénésie matinale qui m’animait me rattrapait peu à peu et mon cœur battait plus fort que jamais. En le voyant avancer vers l’entrée de son wagon, je ne pu empêcher mes jambes de courir vers lui. Je ne pus m’empêcher de lui tapoter tendrement l’épaule pour qu’il daigne se retourner et me regarder. Je n’avais plus les mots, je ne savais plus pourquoi j’étais devant lui, mais c’était déjà trop tard pour m’en aller. J’allais faire face comme une grande à ce moment que j’attendais depuis toujours.

Il ne restait qu’une seconde…et lorsqu’il se retourna je crus que mon cœur s’arrêterait de battre. Ce visage qui hantait mes songes se figea devant moi, et à travers son regard gorgé de larmes, je vis qu’il avait compris. Nous lisions mutuellement dans nos regards cette histoire qui a été, qui est et qui sera. Cette histoire de Souffrance, de Foi et d’Espoir. L’histoire d’un père et d’une fille qui firent connaissance vingt-deux ans après son premier souffle, sur le quai d’un métro.

Signé J-M!

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