Douleur de Femme…

Le texte a été publié sur l’Ayibopost: http://ayibopost.com/douleur-de-femme/, mais je tenais somme toute à le republier et à le repartager avec vous ici…

Le coq venait de chanter, le jour était enfin arrivé. Jour que je redoutais tant depuis que j’ai compris qu’il rimait avec Femme.

Le coq venait de chanter, il venait de sonner le glas de ma destinée…

Je savais que tôt ou tard ma famille franchirait le seuil de la porte et que bientôt ma vie ne serait plus jamais la même. Je savais que le compte-à-rebours était lancé depuis ma naissance et que mon avenir était déjà scellé. Pourtant, je ne rêvais que d’une chose: Fuir. J’avais une irrésistible envie de courir vers un nouveau départ, et de réécrire l’histoire de ce jour. J’aurai aimé graver ce jour comme le prélude de ma Liberté plutôt que celui de ma Captivité. Hélas, tout cela n’était qu’une utopie. Je n’y pouvais rien et l’histoire se répétera une fois de plus. Je ne serai pas Mariam la Vaillante, celle qui élève sa voix contre la tradition, mais simplement Mariam, une fille parmi tant d’autres à porter le poids de la Féminité. Je serai Mariam, une Femme suivant les traces de sa mère Fatoumata, de sa soeur aînée Nabintou et de toutes les femmes qui l’ont précédée dans ce village.

J’aurais aimé être Mariam la Vaillante, mais c’était trop tard. Lorsque mes parents et mes tantes entrèrent dans ce qui me faisait office de chambre, je compris que la révolution ne serait pas mienne. Ils tenaient dans leurs mains des friandises et présents pour marquer ce jour spécial, puis maman me dit d’une voix trahissant sa consternation «Tu seras une Vraie Femme aujourd’hui». Après ces mots qui retentissaient comme un écho en mon sein, ils m’accompagnèrent tous dans la case lugubre d’une vieille femme. À travers son regard glacial et son visage livide, je su que ce jour resterait à jamais gravé dans ma mémoire. Elle demanda, d’un ton autoritaire, à ma mère et à mes tantes de me tenir fermement, les jambes écartées. Puis elle sortit les outils de la torture qu’étaient ses lames, et commença, dénuée de toute délicatesse sa sale besogne. Avoir mal était un mot bien faible pour exprimer la douleur que je ressentais à ce moment. Je n’avais jamais ressenti de douleur aussi profonde de toute ma vie. Je souffrais. J’aurais aimé qu’on me dise que cela n’était qu’un cauchemar. Et pourtant, c’était bien réel. J’agonisais tellement que je crus à un moment que j’allais succomber et passer de vie à trépas. Cette femme au visage livide m’avait tout pris…elle ne m’avait pas seulement dépourvu de ma chair et de mon sang, elle m’avait dépourvu à jamais de mon enfance et de toute sexualité. Elle avait fait de moi une éternelle captive de la douleur.

J’avais entendu dire un jour qu’on ne naît pas Femme, mais qu’on le devient. Ce jour-là, j’étais devenue une Femme, une Femme qui s’était promise que sa fille deviendrait une Femme mais d’une autre façon. Je m’étais promise ce jour-là que ma fille ne suivrait pas mes pas, ni ceux de celles qui m’ont précédées. Ma fille serait la Vaillante, celle qui élève sa voix contre cette coutume, la Femme de la Révolution que je n’ai pu être.

Signé J-M!

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