L’Écho du Mur|Mur

« Tu ferais mieux de te taire maintenant car tout ce que tu dis est retenu contre toi! »

Voici les mots, froids et tranchants, qui sonnèrent le glas d’une ère teintée de murmures. Le ton brusque de cette injonction était si glacial que je redoutais le poids de la sentence qui serait mienne.

Le procès se poursuivait, et chaque minute révélait au fur et à mesure la tendance de ma sentence. Le procès se poursuivait, et je dois avouer que ma peur croissait au rythme des minutes qui filaient. À la fois bourreau et victime j’étais, je me demandais avec un grand désarroi qui pourrait bien me sortir de ce cauchemar dans lequel mes propres mots étaient les témoins de ma déchéance et de ma condamnation.

Mais au fait, de quoi parlons-nous ? Vous devez vous sûrement afficher un air songeur, pour comprendre ce qui se passe. Laissez-moi donc vous planter le décor.

Je me présente, Bélinda, dit « Bélinda la râleuse ». Jeune femme de poigne, à la langue aussi aiguisé qu’un couteau prêt à trancher, déferlant les murmures en chaque circonstance. Ma bouche ou plutôt ma langue était ma source de célébrité. Je maniais les paroles comme une arme dégainant sans sommation. Malheureusement, derrière cette approbation des hommes quant à mon langage toujours bien trempé et virulent, je ne savais pas que les paroles avaient un pouvoir. Et vous, le saviez-vous?

Je parlais à tort et à travers. Vous savez dans les groupe d’amis il y a toujours une personne reconnue et approuvée pour avoir les plaintes comme pain quotidien. Vous ne serez pas surpris de savoir que c’était moi! Les murmures étaient ma spécialité: de la météo aux collègues, tout y passait. Si un diplôme était dispensé à cet effet, j’en aurais eu la plus haute distinction. Néanmoins, un beau jour, j’ai pu observer non sans frissons et désespoir que ma vie devenait le reflet de toutes ces paroles. 

« Ce travail me tue! », Voici une phrase que j’aimais dire. Je l’ai tellement dite qu’apparemment la chose fut, car il y a quelque temps j’ai été victime d’un violent accident de travail qui a failli me coûter la vie. Tout comme vous peut-être, j’ai crié à la coïncidence et peut-être à la paranoïa…

« C’est toujours à moi qu’il arrive des choses pas cool ». Telle est la suite de mes péripéties. Alors que cette autre phrase faisait écho à mes multiples murmures, elle a décidé de s’exprimer de manière tangible. Si tangible que cela forçait le respect. Le “pas cool” et “toujours” conjoints sont un vrai cocktail Molotov faisant de chaque jour le théâtre de surprises aussi déconcertantes que décourageantes. Encore là, on peut se voiler la face, et penser à des concours de circonstances malencontreux et répétés fortuitement!

« Je n’ai rien oh ». Effectivement, rien a commencé également à me côtoyer. Il me côtoyait de façon si omniprésente que je me suis habituée à ce que sa présence rime avec absence à tous égards.

À ce stade-ci, parler de coïncidence serait une indécence pour ma petite existence. J’en passe, mais vous l’aurez compris, mes paroles s’étaient insurgées contre moi. Et quelle violente insurrection! Elle était d’autant plus violente que mon champ lexical n’avait aucune trace de ces paroles bonnes et positives. La râleuse en moi venait de créer un univers bien désastreux, dont le porte-étendard était des pensées puantes, et le personnage principal ma petite personne. C’est d’ailleurs, en voulant me rebeller face à cette rébellion de mes  paroles que la phrase « Eh bien si les paroles sont si fortes, qu’elles me condamnent et qu’on en finisse », m’a mené à ce procès.

Accusée par mes propres paroles, victime de mes pensées, la sentence semblait déjà augurer ma peine! Le mur de la prison de mes murmures semblait déjà une réalité. Je n’osais même plus ouvrir ma bouche, tant le poids de mes mots avaient déjà fait des ravages. Pour une fois, je n’allais pas rater l’occasion de me taire.

Alors que le silence était pesant dans ce tribunal et que le juge s’apprêtait à prononcer ma condamnation, je me souvins des sages paroles de ma grand-mère: « l’écho d’une sincère repentance brise toujours l’écho de murmures accusateurs ». C’est donc cet écho, celui de la repentance sincère des maux de mes mots, que je prononçai, et qui me préserva du cauchemar des murs de mes mots.

Vous qui lisez cette lettre ouverte depuis le début, quel est l’écho de vos paroles?

Signé J-M! 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s