Le mot des interrogations

Magdalena, 25 ans, consommatrice invétérée de télénovelas.

Alors qu’elle dévorait un énième épisode de sa série du moment, ce trop-plein de romantisme la fit aller vers l’univers nostalgique de ses souvenirs. Elle revisitait ces lieux qui semblaient à la fois proches et lointains. De cette visite inattendue dans ce qui a marqué un jour sa légende personnelle, elle constata qu’au cimetière de ses relations amoureuses il n’y avait pas de foule. En fait, il était presque désert. Pendant un bref instant d’ailleurs, grande fut la tentation de le peupler avec les souvenirs de personnes qui ont essayé de s’immiscer vainement dans le décor. Mais cette pensée venue tel un éclair s’en alla aussitôt. À quoi bon? Pensa-t-elle. À quoi bon céder à une telle tentation? Ne serait-ce pas là basculer dans une forme de mensonge et de confusion interne pour se rendre conforme aux apparences et à l’univers de ses télénovelas ? À quoi bon peupler cette nostalgie délicate d’un bazar qui ne mérite aucune distinction?

Elle commença donc à reconsidérer ses souvenirs, affichant dorénavant un léger sourire de gratitude. Plus elle s’enfonçait dans ce paysage que seul son esprit pouvait contempler, plus elle devenait frénétique. Une frénésie qui déclencha d’innombrables questions qu’elle ne pouvait plus contenir. Elle décida donc d’écrire sur une feuille l’écho de la dualité qui sévissait en elle, avec la télénovelas pour fond sonore. Elle ne savait à qui elle écrivait, ni qui la lirait un jour, mais elle était bien résolue à laisser déferler ces mots et pensées dans cette lettre ouverte.

” Bonjour cher toi,
Oui, bien le bonjour à toi qui me lit!
La vie est parfois riche en surprise, et aujourd’hui, je dois avouer qu’écrire cette lettre me surprend. Je n’en ai pas l’habitude, mais il faut croire que parce qu’en ce moment mes émotions se touchent, elles ont besoin que je les couche.
J’ai tant à te dire, si tu savais! J’espère ne pas me perdre dans mes mots qui fusent plus rapidement que ma main n’écrit. J’aimerais en fait te parler d’un mot. Un mot bien souvent mal compris, portant l’étiquette d’une perception dont la connotation est peu positive et mièvre. Pour la grande passionnée de télénovelas que je suis, ce mot semble être un bruit discordant, qui plus est quasi-inexistant. Parfois on le fuit, se berçant ainsi d’illusions, pour se retrouver brisé au bout du chemin. J’ai moi-même eu tendance à le fuir, même s’il dépeignait ma réalité. Comme quoi, la vérité est parfois lourde à assumer. Je voulais tant cette vie contée dans les télénovelas. Je voulais les histoires palpitantes et romantiques de Marimar, de Barbarita ou de Preita. Je voulais me défaire de ce mot avec une hardiesse choquante, qui n’avait pour seul argument que celui de ressembler à ce monde qui m’environnait. Je me souviens encore de ce temps où le prononcer faisait osciller le ton de ma voix entre mélancolie et apitoiement. C’est sans compter les questions des autres qui me poussaient à me demander si j’étais quelque peu bizarre. Quelle dualité! Puis, j’ai compris que ce n’était pas un mal, mais un bien. J’ai compris que c’était une étape, une saison nécessaire. L’étape durant laquelle on apprend à savoir qui on est véritablement, à grandir à tous égards, à forger son caractère, et à devenir progressivement qui on est vraiment. Non, il n’a rien avoir avec la solitude, encore moins avec la beauté, mais il nous permet d’avoir une vision et de comprendre que l’étape suivante ne se choisit pas par nécessité, ni pour combler un besoin ou un manque. J’ai compris que s’il est vrai qu’on veut par moment l’ôter, il demeure une étape cruciale. Il nous permet d’éviter d’instrumentaliser les autres et de se faire également instrumentaliser, en voulant absolument s’en défaire, alors que la fin de la saison n’est pas encore arrivée. Il nous apprend à être des personnes complètes en nous poussant à nous faire face, et en cherchant la source d’étanchéité de nos besoins auprès du Seul qui peut les combler. Il apprend enfin à comprendre que les étapes qui succèdent ne peuvent gravir les autres marches efficacement si la complétion et la vision sont absentes. 

Ce mot, cet état, qui suscite bien des interrogations, et qui me pousse aujourd’hui à déverser tout mon verbe sur cette feuille, c’est le Célibat! Qu’on ne se méprenne pas, c’est une étape à vivre pleinement, qui nous prépare aux sauts des changements de statuts qui lui succèdent.

Cher toi qui m’a lu, je ne sais si les télénovelas te font également tourner la tête, mais as-tu déjà connu une dualité face à ce mot? 

Magda.”

Après avoir exorcisée le fond de sa pensée sur cette feuille, Magdalena la plia, la posa sur sa table basse, puis se replongea le coeur dorénavant léger, dans la suite de son épisode. 

Signé J-M!

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